La filière marocaine de l’avocat traverse à son tour une crise majeure, quelques semaines seulement après les lourdes pertes enregistrées dans les agrumes.
Les inondations exceptionnelles qui ont frappé le nord du Royaume, notamment les régions du Gharb et du Loukkos, ont provoqué des dégâts considérables au secteur agricole et notamment dans les vergers d’avocatiers, compromettant la fin de la campagne d’exportation 2025-2026 et fragilisant un secteur devenu stratégique pour l’agriculture d’exportation.
Les pluies torrentielles et les vents violents ont entraîné des submersions prolongées dans de nombreuses exploitations situées en zones basses, notamment à Moulay Bousselham, Ben Labsout, Sidi Mohammed Ben Mansour et Mnasra. Ces conditions ont provoqué la chute massive des fruits encore sur les arbres, mais aussi des dommages physiologiques graves, avec des cas d’asphyxie racinaire et de mortalité d’arbres.
Youssef El Khlifi, représentant de la société d’export Avonature, confirme à Freshplaza l’ampleur des pertes. Il explique que « personne ne peut encore quantifier les dégâts, mais ils sont énormes dans le secteur de l’avocat. En particulier, dans les régions du Gharb et de Moulay Bousselhem, de nombreuses exploitations sont submergées par les eaux. Les vents violents et les pluies incessantes ont provoqué une chute généralisée des fruits, et les arbres ont également subi de lourds dommages, nombre d’entre eux étant complètement détruits ou morts par asphyxie ».
La situation est d’autant plus critique que la campagne n’était pas totalement achevée. Jusqu’à la mi-janvier, les estimations du secteur faisaient état d’environ 20 000 tonnes encore destinées à l’export. Une partie importante de ces volumes concernait des producteurs ayant volontairement retardé la récolte afin de bénéficier de meilleurs prix, notamment à l’approche du Ramadan. Cependant, les conditions climatiques et les perturbations logistiques ont stoppé les expéditions.
Le port de Tanger Med, principal hub d’exportation des fruits marocains, a en effet connu plusieurs interruptions d’activité en raison des intempéries, aggravant les pertes économiques. « D’importants volumes étaient encore en attente de récolte à la fin de la saison, mais les exportations ont été interrompues ces dernières semaines, si ce n’est à cause des pertes de fruits, c’est en raison des fréquentes suspensions des opérations au port de Tanger », précise El Khlifi.
Ces inondations interviennent après une saison déjà fragilisée par des vagues de chaleur extrêmes durant l’été précédent, qui avaient réduit significativement le potentiel de production. Cette succession d’aléas climatiques met en évidence la vulnérabilité croissante de la filière face aux événements extrêmes.
Ce choc intervient après deux campagnes historiques, au cours desquelles le Maroc avait dépassé les 100 000 tonnes d’avocats exportées, confirmant sa position parmi les principaux fournisseurs du marché européen. La perte d’une partie des vergers, notamment dans les zones les plus exposées, pourrait désormais avoir des répercussions sur plusieurs campagnes futures, en raison du temps nécessaire à la remise en production des arbres.
Dans l’immédiat, les producteurs s’engagent dans une phase d’évaluation et de récupération. « Maintenant que les conditions météorologiques se sont améliorées, il est temps d’évaluer les dégâts et de commencer les traitements pour sauver ce qui peut l’être cette saison. Malheureusement, pour de nombreux producteurs, les pertes sont totales en termes de fruits et d’arbres », conclut El Khlifi.
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