La part de l’agriculture dans le PIB recule à 17 % en Afrique, malgré un rôle stratégique toujours central

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La part de l’agriculture dans le PIB recule à 17 % en Afrique, malgré un rôle stratégique toujours central © DR
Agriculture en Afrique

La contribution de l’agriculture à l’économie africaine continue de s’éroder. Selon la dernière édition de la Revue annuelle sur l’efficacité du développement (RAED 2026) publiée par la Banque africaine de développement (BAD), le secteur agricole représente désormais environ 17 % du produit intérieur brut (PIB) du continent en 2025, contre 18 % en 2020. Une évolution qui traduit les difficultés persistantes rencontrées par les systèmes agricoles africains, malgré leur importance stratégique pour la sécurité alimentaire, l’emploi et la croissance économique.

Cette baisse intervient dans un contexte où l’agriculture demeure pourtant l’un des principaux moteurs du développement en Afrique. Le secteur fait vivre des centaines de millions de personnes et constitue la principale source d’emplois dans de nombreuses zones rurales. Toutefois, la BAD estime que plusieurs contraintes structurelles continuent de freiner son potentiel de transformation.

Parmi les facteurs identifiés figurent le déficit chronique d’investissements productifs, l’insuffisance des infrastructures rurales, les effets croissants du changement climatique ainsi que les crises sécuritaires qui affectent plusieurs régions du continent. Le Sahel, le Soudan et la région des Grands Lacs figurent notamment parmi les zones où les perturbations des chaînes de production et d’approvisionnement agricoles restent particulièrement marquées.

Dans son rapport, la BAD souligne que « face à ces crises de plus en plus régionales, prolongées et interconnectées, les vulnérabilités structurelles des systèmes alimentaires africains s’en trouvent amplifiées, mettant en péril le progrès vers la transformation agricole et la sécurité alimentaire à long terme ».

Une productivité qui progresse trop lentement

Au-delà des contraintes économiques et sécuritaires, la question de la productivité agricole demeure un enjeu majeur. Malgré les progrès réalisés dans certains pays, les rendements restent globalement faibles à l’échelle continentale.

Selon les données présentées dans la RAED 2026, les rendements céréaliers africains se sont établis autour de 1,68 tonne par hectare en 2024. Ce niveau demeure quasiment inchangé depuis 2020 et reste largement inférieur à la moyenne mondiale estimée à environ 4,2 tonnes par hectare.

Cet écart reflète les difficultés persistantes liées à l’accès limité aux intrants de qualité, à la mécanisation, à l’irrigation, au financement agricole ainsi qu’aux innovations technologiques adaptées aux conditions locales.

Pour les experts du développement agricole, l’amélioration durable de la productivité constitue pourtant l’un des leviers essentiels pour réduire la dépendance alimentaire du continent et renforcer sa souveraineté alimentaire.

Un potentiel foncier considérable encore sous-exploité

L’Afrique dispose pourtant d’atouts majeurs. Le continent abriterait près de 65 % des terres arables non cultivées de la planète. Malgré cette ressource stratégique, les importations alimentaires continuent d’augmenter souligne Ecofin.

La BAD rappelle que l’Afrique importe chaque année près de 70 milliards de dollars de produits alimentaires. Cette dépendance expose fortement les économies africaines aux fluctuations des marchés internationaux, aux crises géopolitiques et aux perturbations logistiques mondiales.

Les conséquences sont également visibles sur le plan social. Selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), environ 307 millions d’Africains étaient touchés par la faim ou la sous-alimentation en 2025.

Les projections demeurent préoccupantes. D’après les scénarios retenus par les organisations internationales, près de 60 % des personnes confrontées à la faim chronique dans le monde d’ici 2030 pourraient se trouver en Afrique.

Des programmes continentaux pour accélérer la transformation agricole

Face à ces défis, plusieurs initiatives régionales cherchent à accélérer la modernisation du secteur.

Depuis 2003, l’Union africaine pilote le Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (CAADP), qui encourage notamment les États membres à consacrer au moins 10 % de leurs budgets nationaux au développement agricole.

Parallèlement, le programme AICCRA (Accelerating Impacts of CGIAR Climate Research for Africa), soutenu par la Banque mondiale, vise à favoriser l’adoption de pratiques d’agriculture climato-intelligente afin d’améliorer la résilience des exploitations agricoles face aux aléas climatiques.

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La BAD souligne toutefois que les perspectives restent conditionnées à la capacité des pays africains à mobiliser davantage de financements dans un contexte mondial marqué par le ralentissement économique, le resserrement des conditions financières et la multiplication des chocs externes.

Un enjeu majeur pour le Maroc et l’ensemble du continent

Pour le Maroc, qui a fait de la modernisation agricole un axe stratégique à travers les plans Maroc Vert puis Génération Green, les constats dressés par la BAD rappellent l’importance des investissements dans l’innovation, l’irrigation, la valorisation des productions et l’adaptation climatique.

Alors que les dirigeants africains ont adopté le nouveau cadre stratégique du CAADP pour la période 2026-2035, l’objectif affiché est particulièrement ambitieux : mobiliser près de 100 milliards de dollars afin de transformer durablement les systèmes agroalimentaires du continent.

Dans un contexte de croissance démographique soutenue et de pressions climatiques croissantes, la capacité de l’Afrique à améliorer sa productivité agricole et à renforcer sa sécurité alimentaire apparaît plus que jamais comme un enjeu économique et géopolitique majeur.

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