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Perturbations météorologiques : le changement climatique accentue les phénomènes extrêmes au Maroc

Les fortes perturbations météorologiques observées récemment dans plusieurs régions du Royaume s’inscrivent dans une dynamique climatique désormais bien identifiée. Dans un entretien publié par MAP Ecology, le climatologue et expert en environnement Dr Saïd Chakri revient sur la nature de ces phénomènes, leurs effets aggravés par le changement climatique et leurs implications pour les territoires, notamment agricoles.

Selon l’expert, les épisodes enregistrés ces derniers jours relèvent à l’origine de phénomènes météorologiques naturels. Toutefois, leur intensité et leurs impacts ont changé. Sous l’effet du réchauffement climatique, ces perturbations se traduisent de plus en plus par des événements extrêmes, en particulier des précipitations très abondantes concentrées sur de courtes périodes, ce qui accroît les risques d’inondations et de dégâts.

La Direction générale de la météorologie a expliqué que le Maroc est actuellement concerné par une dépression d’altitude froide isolée, de type cut-off, stationnant sur une vaste zone du pays. Ce système correspond à une masse d’air très froide, à l’origine de perturbations difficiles à prévoir avec précision, dont certains effets peuvent être soudains. Des situations similaires ont déjà été observées dans d’autres pays, notamment lors des inondations survenues à Valence, en Espagne, en 2024, liées au même type de configuration atmosphérique.

Dans son analyse, Dr Saïd Chakri souligne que ces dépressions froides isolées, bien que relativement stables, restent marquées par une forte imprévisibilité, ce qui impose une vigilance accrue de la part des autorités et des populations.

Sur le plan des impacts, l’expert rappelle que ces épisodes climatiques entraînent souvent des dégâts importants, en particulier lorsque des facteurs aggravants sont présents sur le terrain. Le manque de préparation, la fragilité de certaines infrastructures, l’urbanisation non maîtrisée ou encore l’insuffisance de sensibilisation aux risques climatiques peuvent amplifier les conséquences des intempéries.

Les effets extrêmes des perturbations météorologiques, exacerbés par le changement climatique, réduisent considérablement les délais de réaction, augmentant ainsi le bilan des dommages, y compris dans les zones rurales et agricoles. Les pluies intenses et soudaines peuvent provoquer des crues rapides, l’érosion des sols ou des pertes de cultures dans certaines régions.

Cependant, l’expert met également en avant des effets positifs, notamment pour le secteur agricole. Les quantités importantes de précipitations contribuent à la recharge des nappes phréatiques et des ressources en eau de surface, dans un contexte marqué par plusieurs années de déficit pluviométrique. Ces pluies peuvent également favoriser un bon démarrage de la saison agricole, à condition qu’elles soient bien réparties et accompagnées de mesures de gestion adaptées.

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Face à cette nouvelle réalité climatique, Dr Saïd Chakri insiste, dans son entretien à MAP Ecology, sur la nécessité d’une adaptation structurelle. Cela passe par le renforcement des infrastructures, une planification urbaine intégrant pleinement les risques climatiques et une meilleure prise en compte des changements en cours dans l’aménagement du territoire.

L’élaboration de cartes précises des zones exposées aux risques d’inondation, l’interdiction de construire dans les lits d’oueds et à proximité des cours d’eau, ainsi que le renforcement des investissements dans les infrastructures hydrauliques et de protection figurent parmi les leviers identifiés. La sensibilisation des citoyens aux comportements à adopter en cas d’alerte météorologique reste également un enjeu central.

Pour l’expert, le changement climatique n’est plus une projection théorique, mais une réalité qui doit désormais être intégrée dans les politiques publiques, y compris agricoles, à travers une stratégie nationale multidimensionnelle de prévention et de gestion des risques climatiques.

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