Dossier : Emploi et enseignement agricole au Maroc : quel avenir pour l’ingénieur agronome ?

L’agriculture continue d’occuper une place structurante dans l’économie marocaine. Selon les données officielles du Haut-Commissariat au Plan, le secteur agricole marocain, forestier et halieutique contribue en moyenne à 12 à 14 % du PIB national, avec des variations marquées selon les campagnes agricoles, et demeure le premier pourvoyeur d’emplois du pays, en particulier en milieu rural. Près de 40 % de la population active dépend encore, directement ou indirectement, de l’agriculture, confirmant le caractère stratégique du secteur pour la stabilité économique et sociale du Royaume.

Cependant, cette centralité s’accompagne de mutations profondes. Le marché de l’emploi agricole marocain évolue sous l’effet combiné de la mécanisation, de la raréfaction de l’eau, de la succession de sécheresses et des nouvelles orientations des politiques publiques agricoles.

Un emploi agricole toujours dominant mais de plus en plus vulnérable

La structure de l’emploi agricole marocain reste dominée par les ouvriers et manœuvres agricoles, qualifiés ou non, suivis des exploitants agricoles et des travailleurs indépendants. Cette configuration, régulièrement documentée par le HCP, montre que l’agriculture marocaine demeure largement extensive et fortement dépendante de la main-d’œuvre saisonnière.

Toutefois, les dernières années ont marqué un tournant. Les sécheresses successives ont entraîné une baisse significative de l’emploi agricole, en particulier dans les zones bour, affectant aussi bien les ouvriers agricoles que les petits exploitants. Le HCP a confirmé, dans ses notes récentes sur le marché du travail, que le secteur agricole a enregistré des pertes nettes d’emplois lors de plusieurs campagnes récentes, tandis que les services et le BTP absorbaient une partie de la main-d’œuvre déplacée.

Cette fragilité de l’emploi agricole renforce la nécessité d’un encadrement technique plus qualifié, capable d’améliorer la productivité, l’efficience de l’eau et la résilience des exploitations. C’est précisément dans ce contexte que le rôle de l’ingénieur agronome prend tout son sens.

L’enseignement agricole au Maroc : un dispositif structuré et stratégique

Le Maroc dispose d’un système d’enseignement agricole parmi les plus structurés du continent africain. L’enseignement supérieur agronomique repose principalement sur trois établissements publics de référence : l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II de Rabat et Agadir, l’École Nationale d’Agriculture de Meknès et l’École Nationale Forestière d’Ingénieurs de Salé, sous la tutelle du ministère de l’Agriculture.

Ces établissements forment chaque année des ingénieurs agronomes, des vétérinaires et des ingénieurs forestiers destinés à répondre aux besoins de l’administration, des filières agricoles, de l’agro-industrie et du conseil agricole. Les formations ont progressivement intégré les approches liées à l’agriculture durable, à la gestion des ressources naturelles, à l’agro-écologie, à l’irrigation localisée et à la valorisation des chaînes de valeur.

En parallèle, l’enseignement technique et la formation professionnelle agricoles constituent un levier essentiel pour la qualification de la main-d’œuvre rurale. Le réseau des ITSA, ITA et CQA, complété par les lycées agricoles, joue un rôle clé dans l’employabilité locale, même si la capacité d’accueil reste inférieure à la demande.

Ingénieur agronome : un métier en mutation, mais toujours stratégique

Le métier d’ingénieur agronome au Maroc a profondément évolué. Longtemps associé à la vulgarisation agricole classique ou à l’administration, il s’oriente aujourd’hui vers des fonctions plus diversifiées. Les ingénieurs agronomes interviennent désormais dans la gestion de projets agricoles, l’irrigation de précision, l’agriculture digitale, la certification, l’export, l’agro-industrie et l’accompagnement des investissements agricoles.

La mise en œuvre du Plan Maroc Vert, puis de la stratégie Génération Green 2020-2030, a renforcé la demande en profils capables d’accompagner la modernisation des exploitations, l’agrégation agricole et l’entrepreneuriat des jeunes ruraux.

Retrouvez l’index phytosanitaire marocain ici

Contrairement aux années 2000, marquées par une réelle précarité des jeunes ingénieurs, la situation actuelle est plus contrastée mais globalement plus favorable. Les opportunités existent, notamment pour les profils spécialisés, mobiles et ouverts à l’innovation. Le secteur privé, les bureaux d’études, les coopératives structurées et les projets de développement recherchent des compétences techniques solides, couplées à une capacité d’adaptation.

Conclusion

L’ingénieur agronome reste aujourd’hui un acteur central de l’agriculture marocaine, à condition d’évoluer avec son temps. Dans un contexte de stress hydrique, de transition climatique et de recomposition des filières, son rôle dépasse la simple production pour englober la durabilité, la performance économique et l’accompagnement des agriculteurs. L’avenir du métier au Maroc ne dépend plus seulement du diplôme, mais de la capacité à répondre aux nouveaux défis du terrain.

Sources : HCP, Banque Mondiale
Agence Ecofin : Maroc : 137 000 emplois agricoles perdus entre 2023 et 2024
Reuters :Le taux de chômage au Maroc grimpe à 13,3 % en 2024 alors que la sécheresse frappe les agriculteurs

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