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Arganier : cinq questions au chef du Centre régional de la recherche agronomique d’Agadir

Arganier : cinq questions au chef du Centre régional de la recherche agronomique d’Agadir

Arganier : cinq questions au chef du Centre régional de la recherche agronomique d’Agadir.

Abdelaziz Mimouni, chef du Centre régional de la recherche agronomique d’Agadir
Abdelaziz Mimouni – chef du Centre régional de la recherche agronomique d’Agadir – Photo: MAP

L’arganier est un arbre endémique du Maroc qui a été reconnu en tant que patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, en 2014, et en tant que système du patrimoine agricole mondial par l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en 2018.

A la veille de la première célébration de la journée internationale de l’arganier, Abdelaziz Mimouni, chef du Centre régional de la recherche agronomique d’Agadir présente, dans une interview accordée à la MAP, l’écophysiologie de cet arbre et met en garde contre la dégradation de cet écosystème.

1. Est-ce qu’il y a un seul type d’arganier ou plusieurs ?
Abdelaziz Mimouni:
Chez l’arganier, on parle d’une seule espèce Argania spinosa, mais il existe plusieurs écotypes bien distingués dans son aire de répartition naturelle. En effet, les recherches menées par l’INRA et d’autres organismes ont montré que l’arganier représente une variabilité phénotypique remarquable (type d’arbre, feuilles, épines, fruits, la graine, l’amande..).

Ces variations phénotypiques peuvent résulter soit des adaptations à différents environnements climatiques et écologiques ou plutôt des traits génétiques.

Ainsi, des études récentes menées sur la diversité génétique de quelques caractères morphologiques du fruit et de la graine (forme, taille, poids, couleur…) ont montré que l’effet de l’année, la localité, des génotypes et de l’interaction sont très hautement significatifs. Six formes typologiques des fruits et des graines ont été déterminées : fusiforme, ovale, arrondie, globuleuse, goutte et ovale apiculé. Ainsi, une nette distinction entre les caractères fortement héritable, moyennement héritable et non héritable sont bien distingués.

Les études ont montré, à l’aide des marqueurs moléculaires, que les populations naturelles d’arganier présentaient un polymorphisme génétique important.

2. Est-ce que cet arbre peut pousser sur tous les sols ?
Abdelaziz Mimouni: Les études ont montré que l’arganeraie est présente dans les différents types de sols de son aire de répartition et apparaît comme un arbre peu exigeant en matière de sol. Cependant, cet arbre développe des mécanismes d’adaptation pour subvenir à ses besoins en alimentation minérale, en particulier le développement de son système racinaire et en s’associant à des champignons mycorhiziennes.

3. Quelles sont les conditions climatiques favorables à la culture de cette plante?
Abdelaziz Mimouni:
L’Arganier s’étend sur plusieurs unités et étages bioclimatiques : du semi-aride frais aux zones tempérées du Sud, en passant par les zones sub-humides dans la montagne du Haut Atlas. L’arganier supporte les températures élevées (50°C à Taroudant). Cependant, l’arganier ne se développe plus aux basses températures prolongées, ce qui limite son extension en altitude dépassant les 1.400 mètres.

4. Quelles sont les fonctions/vertus écologiques des arganiers?
Abdelaziz Mimouni:
La répartition géographique de l’arganier dans son aire aride à semi-aride au sud marocain reflète une forte plasticité écologique de cette espèce.

L’arganier constitue l’armature de l’équilibre écologique. Grâce à son système racinaire puissant, il contribue au maintien du sol et permet de lutter contre l’érosion hydrique et éolienne qui menace de désertification une bonne partie de la région de l’extrême sud ; il est considéré comme une ceinture verte contre la désertification. L’utilisation de l’arganier comme arbre d’ombrage est une pratique répandue dans son aire de partition.

L’arganier fait partie d’un système agro-forestier comprenant diverses autres espèces pérennes qui assurent une couverture végétale et une protection du sol contre l’érosion. Aussi, dans l’arganeraie, de nombreux organismes vivants (faune, flore et microflore) sont directement liés à sa présence.

La disparition de l’arganier entraînerait certainement la disparition de plusieurs espèces, provoquant une diminution de la biodiversité dans la région. D’où une réduction du patrimoine génétique, aussi bien pour l’arbre que les autres espèces animales, végétales ou microbiennes. Dans les régions montagneuses, l’arganier facilite la pénétration de l’eau dans le sol, ce qui entraîne une alimentation accrue de la nappe phréatique.

5. Peut-on parler d’une dégradation de l’écosystème arganeraie? Si oui, pourquoi?Abdelaziz Mimouni: L’arganeraie a connu de nombreuses transformations au cours des dernières décennies et sa dégradation est reconnue depuis longtemps. Cette dégradation survient sous l’effet combiné des facteurs naturels, mais elle est amplifiée par les actions anthropiques (activités humaines, ndlr).

En effet, les changements climatiques que subit le centre-ouest du Maroc ces dernières décennies, en particulier les températures élevées et la rareté des pluies sur des périodes prolongées ont fait subir à l’arganier des stress et par la suite une disparition des arbres moins résistants et localisés sur des environnements difficiles (montagnes, arides…).

Cette dégradation de l’arganeraie n’a pas pu être arrêtée par l’intervention humaine vue la combinaison de l’absence de régénération et de la perte continue d’arbres d’arganier.

En effet, pour la première moitié du 20ème siècle, on a assisté à des coupes importantes d’arganier, principalement attribuées à la demande en charbon et bois de feu avec une réduction de son aire géographique. Nous aussi relevé des transformations socio-économiques liées à l’extension des villes et des cultures sous serres (maraîchage) et de l’agrumiculture avec un épuisement continu des différentes nappes phréatiques qui alimentaient l’arganier.

D’autres facteurs anthropiques ont aussi contribué à la dégradation de l’arganier, à savoir l’abandon de l’agriculture dans certaines zones marginales, l’exode rural, le développement des infrastructures, l’accroissement de la population et les besoins de l’urbanisation, l’explosion du marché de l’huile d’argan, le surpâturage caprin et camelin.

Malgré cette situation alarmante de l’arganeraie, des brèches d’espoir sont en cours pour sauver l’arganeraie et même la développer. En effet, ces derniers temps, les coupes semblent avoir fortement diminué à ce jour et de nouvelles plantations sont en cours de réalisation, tant en forêt ou en extension en terre agricole (arganiculture). Donc l’espoir est permis pour renverser la tendance de dégradation et développer une arganeraie durable et rentable.

Source: MAP

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