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L’agriculture et la fertilisation en Afrique : proposition d’un plan d’action

L’agriculture et la fertilisation en Afrique : proposition d’un plan d’action par monsieur Abdelaziz Rhezali. 

L’agriculture en Afrique est un secteur clé pour le développement. En effet, ce secteur contribue à hauteur de 35% au PIB africain et génère des emplois pour 65% de la population active. L’agriculture jouira encore d’une importance incontestable puisque l’Afrique est censée relever le défi suivant: Nourrir 1,2 milliard d’habitants à l’horizon de 2050.

Par monsieur Abdelaziz Rhezali

Abdelaziz Rhezali
Abdelaziz Rhezali, Ingénieur Agronome Expert

Actuellement, 25% de la population est mal-nourri en Afrique. Le constat flagrant se résume dans une production agricole qui n’a pas suivi le rythme de la croissance démographique. Par exemple, la productivité en céréales dans l’Afrique subsaharienne en 2000 n’a dépassé guerre 1 tonne à l’hectare. Un grand challenge devra mettre l’Afrique sur les rails d’une réflexion profonde afin d’opter pour une stratégie inclusive. Le but ultime est de s’emporter sur le fléau de l’insécurité alimentaire à travers des politiques bien ciblées et choisies.

  1. Aperçu sur l’agriculture en Afrique

L’Afrique possède un grand potentiel de production agricole. Ce continent détient plus de la moitié des terres arables du monde dont une grande partie reste inexploitée (60% des terres arables de l’Afrique sont concentrées au centre et à l’ouest du continent). D’autant plus, seulement 2% des ressources en eau renouvelables sont utilisées. Des estimations stipulent que l’agriculture, à travers une révolution verte, pourrait générer 1000 milliard de dollars en 2030.

Pour le moment, les terres arables de l’Afrique sont convoitées par les investisseurs (13,3 million d’ha) et génèrent des chiffres d’affaires avoisinant les 100 milliard de dollars. Les spéculations sont différentes d’un pays à l’autre et dépendent essentiellement de la culture des gens et des conditions édapho-climatiques. Le blé, le maïs et le riz sont respectivement les aliments de base pour l’Afrique du Nord, l’Afrique du sud et l’Afrique de l’ouest.

Malgré les tentatives des pays pour booster la production, l’Afrique demeure un net importateur des produits agricoles (les importations équivalent 1,7 les exportations). Une lecture succincte de systèmes de production au continent révèle que l’agriculture vivrière domine. Cette situation alarmante qui souffre de l’absence d’une vision claire à long terme conduit vers une agriculture non résiliente.

La non-maîtrise de la conduite technique et le manque d’infrastructures pour l’irrigation sont des causes entraînant des chutes significatives au niveau de la productivité. En fait, la pénurie d’eau, une fertilisation inadéquate, un sol mal-structuré, des variétés à faible potentiel, la présence des mauvaises herbes, des insectes ravageurs et des maladies sont tous des facteurs qui se conjuguent et anéantissent la productivité au niveau des champs. Donc, le recours vers une stratégie intégrale qui englobe l’optimisation de tous les facteurs de production s’impose. Quant à la fertilisation, l’amélioration de la fertilité des sols à travers une fertilisation raisonnée et respectueuse de l’environnement est un parcours long pour l’agriculture en Afrique.

  1. Une fertilisation non adéquate en Afrique

Une fertilisation raisonnée stipule l’apport adéquat des éléments nutritifs ou essentiels pour la plante en tenant compte des paramètres liés à la fertilité du sol et au climat. Une fertilisation dans les règles de l’art doit prendre en considération 4 éléments à savoir : la nature du fertilisant, la quantité à apporter, la méthode et le temps d’apport.

Un élément essentiel pour la plante est caractérisé par trois critères: (1) le végétal ne peut accomplir son cycle en l’absence de l’élément concerné (2) l’élément a une fonction métabolique et (3) la fonction de l’élément ne peut être remplie par un autre élément. La littérature considère 16 éléments essentiels à noter : Carbone (C) ; Oxygène (O) ;  Hydrogène (H) ; Azote (N) ; Phosphore (P) ; Potassium (K) ; Calcium (Ca) ; Magnésium (Mg) ; Souffre (S) ; Zinc (Zn) ; Cuivre (Cu) ; Manganèse (Mn) ; Fer (Fe) ; Molybdène (Mo) ; Bore (B) ; Cl (Chlore).

Les sols arables du continent souffrent d’une sous fertilisation ce qui a entraîné l’épuisement des ressources en éléments essentiels pour 95 million d’ha. L’apport des engrais en Afrique est très faible et se chiffre en moyenne de 10 kg/ha soit 10% de la consommation mondiale. L’Egypte, le Maroc, et l’Afrique du sud sont les pays leaders en matière de l’utilisation d’engrais en Afrique.

Les besoins de l’Afrique en fertilisants en 2016 s’élevaient à 4,8 million de tonnes en N ; 1,4 million de tonnes en P et 1,8 million de tonnes en K (un total de 8 million de tonnes). Par conséquent, le marché africain pourra être porteur et constituerait une vraie niche d’investissement pour les géants du monde spécialisés dans la production des engrais.

Il est temps pour de développer un marché des fertilisants compétitif en Afrique, qui peut mettre à la disposition des agriculteurs des produits adaptés à leurs besoins. La méthodologie pour monter un plan d’action portera sur une analyse des faiblesses, forces, opportunités et menaces. Le résultat comportera une matrice FFOM qui permettra d’identifier les forces et les faiblesses du Groupe qui sont internes, et les opportunités et les menaces qui sont liées à l’environnement externe. Une fois la matrice FFOM réalisée, la confrontation entre le diagnostic externe et interne permettra de proposer des axes d’intervention avec un plan d’action.

  1. L’analyse Faiblesses, Forces, Opportunités, Menaces (FFOM) et axes d’intervention

Le tableau 1 illustre les résultats de l’analyse FFOM. Le groupe est appelé à consolider ses atouts et ses forces, saisir les opportunités pour remédier aux faiblesses identifiées et réduire voire éliminer ou éviter les risques que présente l’environnement extérieur. En se basant sur ladite analyse, des axes d’intervention seront dégagées.

Tableau1: l’analyse FFOM dans le secteur des fertilisants en Afrique.

Forces

  • Un grand savoir-faire dans la production des engrais au Maroc.
  • Le Maroc est le premier au monde quant aux réserves du phosphate.
  • Présence des structures de recherche en agronomie (UM6P, IAV, INRA, ENA).

 

Faiblesses

  • Le manque d’une base de données scientifique sur la fertilité des sols africains.
  • Un besoin pour des brevets d’innovation dans le secteur des fertilisants, surtout dans le développement des courbes de calibration pour la prédiction des doses appropriées de fertilisants.

Opportunités

  • L’Afrique détient 60% des terres arables du monde dont 80% sont inexploitées.
  • La position stratégique du Maroc (passerelle entre l’Europe et l’Afrique) lui offre des opportunités d’exportation.
  • Le Maroc opte pour une stratégie agricole nommée Plan Maroc Vert (PMV) qui peut être extrapolable sur d’autres pays du même continent.
  • Les terres arables africaines sont convoitées par les investisseurs.
  • Une crise ascendante dans la fertilité des sols en Afrique.
  • L’Afrique a un grand potentiel pour jouer un rôle décisif dans l’assurance de la sécurité alimentaire à l’échelle internationale.
  • Le secteur de l’agriculture en Afrique peut générer un chiffre d’affaire avoisinant les 1000 milliard de dollars annuellement.
  • Le marché africain peut absorber 8 million de tonnes des engrais.
  • Une main d’œuvre jeune avec un faible coût.

 

Menaces

  • Le réseau autoroutier en Afrique est peu dense
  • Le coût de transport relativement élevé conduira à l’augmentation du prix de l’engrais en Afrique.
  • Le taux d’intérêt très élevé dans certains pays africains entravant ainsi l’accès à un financement.
  • Absence ou inefficacité des cadres juridiques qui règlementent les normes de qualité et les mesures de sécurité soit à l’import ou à l’export dans plusieurs pays africains.
  • Absence d’informations régulières et précises sur le prix au marché ce qui rend difficile la prise instantanée de décisions.
  • Interventionnisme des Etats à travers des entreprises publiques bénéficiant des subventions pourra mettre en péril la concurrence pure et parfaite sur le marché.
  • Une agriculture en Afrique non résiliente face aux changements climatiques.
  • Une forte concurrence des sociétés relevant des pays du Golf qui ont un avantage comparatif en matière d’énergie (exemple: le groupe saoudien Jalamid).
  • Procédures bureaucratiques longues ; manque de sécurité et instabilité politique dans certains pays africains.
  • Corruption et instabilité politique qui peuvent nuire à la bonne marche de l’investissement.

 

  1. Axes d’intervention et plan d’action

Après cette analyse FFOM, l’orientation générale serait d’investir dans les pays qui ont un avantage comparatif en énergie (pour la production de l’ammoniaque) et des stratégies claires dans le secteur de l’agriculture qui doivent viser: l’augmentation des terres cultivées dans un cadre de l’agriculture durable ; l’amélioration de l’infrastructure dans les milieux ruraux ; le combat contre la famine et la malnutrition et la promotion de la recherche scientifique dans le secteur de l’agriculture. Le groupe pourra procéder comme suit :

  • Produire localement (au sein du pays sujet de l’investissement) et assurer la distribution via des réseaux grossistes.
  • Développer des produits avec un rapport prix-qualité compétitif.
  • S’impliquer davantage dans la formation et le développement du capital humain.
  • Créer une niche pour les associations des agriculteurs afin de faciliter la vente des produits.
  • Développer des guides pour les bonnes pratiques agricoles en faveur des agriculteurs.
  • Elaborer des cartes d’informations géographiques sur la fertilité des sols en Afrique de but de développer des produits adaptés pour chaque zone.
  • Nouer des collaborations avec les universités et les centres de recherches pour mener des essais et des études de démonstration.

On pourra déduire un plan d’action suivant pour réussir l’investissement dans les pays africains et conquérir le marché des fertilisants.

Axe 1: la mise en place de programmes de recherche, d’innovation et de développement technologique dans le secteur des engrais en concertation avec les institutions de recherche et de développement

Action 1 : Nouer des relations de collaboration avec les organismes des Etats africains qui interviennent dans le secteur de l’agriculture.

Action 2 : Renforcer les relations du groupe avec les établissements internationaux de recherche.

Action 3 : Etablir et exécuter des programmes de recherche, d’innovation et de développement en rapport avec les engrais en tenant compte des spécificités du continent africain.

Action 4 : S’ouvrir sur le monde extérieur et créer un climat de synergie favorisant la réalisation des objectifs arrêtés par la recherche continue des partenaires dans un cadre gagnant-gagnant.

Action 5 : Nouer des collaborations avec l’Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale (OMPIC) et Maroc Tasswiq (ex Office de Commercialisation et d’Exportation) en vue de protéger les brevets, inventions et licences du groupe.

Action 6 : Engager des réflexions sur les moyens de valorisation des engrais en Afrique.

Action 7 : Renforcer les relations du groupe avec les organisations professionnelles du secteur agricole à l’échelle africaine.

Axe 2: La préparation et actualisation d’une base de données sur les bonnes pratiques agricoles et une carte SIG sur la fertilité des sols africains

Action 1 : Elaborer un référentiel des bonnes pratiques agricoles en Afrique en se focalisant sur l’utilisation des engrais.

Action 2 : Collecter et centraliser les bases de données développées dans le secteur des fertilisants en Afrique.

Action 3 : Elaborer une carte de la fertilité des sols en Afrique. Le but est de développer des produits adaptés pour chaque zone.

Axe 3: Jouer le rôle d’incubateurs d’entreprises dans le secteur des engrais en Afrique et création des filiales

Action 1 : Etudier les possibilités de jouer le rôle d’incubateur pour les sociétés voulant œuvrer dans le secteur des engrais en Afrique. En effet, il s’agit d’accompagner les porteurs de projets et créateurs de PME.

Action 2 : Cette action consiste à prendre participation dans les entreprises incubées par le groupe. Le taux de participation doit être sujet d’une étude technico- financière menée au préalable.

Action 3 : Contribuer dans la phase d’étude de faisabilité et de conception des unités industrielles pour les entreprises incubées.

Action 4 : Mettre en place d’un partenariat avec les réseaux d’incubation et d’essaimage, les agences de la promotion de la petite et moyenne entreprise et les centres d’investissement.

Action 5 : Créer des filiales et détention  d’au moins  51% du capital.

Axe 4: L’organisation de sessions d’études, de formation et des colloques dans le domaine des engrais

Action 1: Mener des actions de sensibilisation et d’encadrement au profit des agriculteurs quant à l’utilisation des engrais.

Action 2 : Lancer et suivre des campagnes de communication autour de l’utilisation des facteurs de production en l’occurrence les engrais.

Action 3 : Organiser des activités promotionnelles lors des salons et foires nationaux et internationaux.

Axe 5: Création d’un portail et une base de données électronique

Action 1 : Présenter les missions, coordonnées, liste des partenaires et résumé du plan d’action du groupe.

Action 2 : Afficher les tarifs de différents produits proposés par le groupe.

Action 3 : Une bibliothèque virtuelle d’ouvrage traitant les sujets liés à la fertilisation et fertilisants.

Action 4 : Des échanges et communication sur la fertilisation via les réseaux sociaux.

Action 5 : Développer une archive enregistrant d’une façon minutieuse toutes les activités réalisées par le groupe.

Action 6 : Mettre en place d’un Datawarehouse qui a pour but de regrouper les données générées par le groupe pour des fins analytiques.

Axe 6: Stratégie marketing et commerciale

Action1 : Proposer un plan d’action Marketing opérationnel et une stratégie 4 P cohérente.

Action2 : Création d’une charte pour la promotion des produits du groupe et adoption des supports de communication pour renforcer l’action commerciale. Il s’agit de constituer l’identité visuelle et graphique du groupe.

Action 3 : Produire un emballage adapté des produits permettant l’amélioration de l’image de marque.

Action 4 : Nouer des partenariats de sponsoring pour mieux renforcer l’image de marque du groupe.

Action 5 : Commercialisation des produits en fonction des exigences du marché.

Action 6 : Adoption d’une politique d’alignement basée sur les prix pratiqués par les concurrents (veille concurrentielle). Un Benchmarking doit être réalisé, qui prendra en compte l’ensemble des opérateurs dans le domaine des engrais en Afrique.

Action 7 : Fidéliser des segments de clientèle et augmenter le revenu par type des clients.

Action 8 : Etablissement des tableaux de bord avec des indicateurs de suivi, outils de suivi des campagnes marketing, études d’impact et enquêtes de satisfaction via des enquêtes.

Action 9 : Gestion informatique de la base de données des clients afin de prendre des décisions stratégiques par segment de clientèle.

Remerciements : Dossier élaboré par M. Abdelaziz Rhezali – Email: [email protected]

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