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Soldive Maroc, Yves Andorin: « les consommateurs veulent de bons produits »

L’invité d’AgriMaroc.ma est Yves Andorin, gérant de Soldive Maroc, entreprise dont le cœur de métier est le melon. Soldive Maroc existe depuis 1992 et Yves Andorin y est présent depuis les débuts de l’aventure. Soldive est un groupe français, présent au Maroc, au Sénégal, en Espagne et en France. Entreprise familiale détenue par la famille Fuseaux, c’est aujourd’hui la 3ème génération qui dirige cette success story à la française.

Soldive Maroc, le spécialiste du Melon

AgriMaroc.ma: Quelles sont les activités de Soldive Maroc?
Yves Andorin: Soldive Maroc c’est aujourd’hui 200 HA cultivés, avec principalement du melon et de la salade. Une production de 2 600 tonnes de melons, 200 à 300 tonnes de salades et 900 000 épis de maïs doux. Le melon est essentiellement destiné à l’export, vers l’Espagne, la France, la Belgique, le Luxembourg ou l’Allemagne. Quant à la salade, une petite partie est destinée à l’export et le reste est à destination du marché local.soldive_maroc1

A noter que depuis 6 ans, nous avons opéré une diversification vers les légumes conventionnels et bio pour le marché local. Nous avons également fait le choix d’investir dans notre propre magasin de vente directe, ici à Marrakech. Concernant la production, elle se concentre sur Marrakech en automne, hiver et au printemps, et nous sommes aussi présents sur Azzemour pour notre production d’été à cause des chaleurs trop élevées. Soldive Maroc est une entreprise pérenne qui connait une croissance régulière avec une réelle dimension citoyenne.

« Ce qui est dommageable c’est le manque de qualifications et de compétences »

AgriMaroc.ma: On parle souvent de l’explosion des coûts de production, notamment à cause de la main-d’œuvre et de l’énergie, qu’en est-il exactement ?
Yves Andorin: D’après moi nous ne pouvons pas parler d’explosion des coûts, simplement les coûts liés à la main-d’oeuvre évoluent et c’est bien normal. Ce qui est dommageable c’est le manque de qualifications et de compétences. Il y a donc un décalage entre l’évolution des salaires et la stagnation des compétences.

Par ailleurs, pour une structure comme la nôtre qui se veut citoyenne, et qui respecte les règles en matière de législation salariale, il y a une inégalité profonde qui se dégage avec d’autres producteurs, qui avouons-le, ne jouent pas forcément le jeu, mais ça c’est un autre débat.

soldive_maroc2Pour en revenir à la problématique main-d’oeuvre, il faut noter que nous souffrons d’un manque de disponibilité du personnel. A Soldive Maroc par exemple, nous, qui sommes basés à Marrakech, nous sommes proches d’un centre urbain important, et par conséquent il nous est difficile d’attirer de la main-d’oeuvre qui est réticente à travailler dans un milieu rural, même si au niveau féminin je dois l’avouer, ça ne pose pas trop de soucis. Au niveau masculin par contre, c’est un peu plus compliqué…

« la gestion de l’eau nécessite une prise de conscience collective »

Néanmoins je tiens à rappeler qu’il s’agit de métiers difficiles, physiques, dépendants des aléas climatiques … il faut donc relativiser, c’est comme partout! En France, en Espagne comme au Maroc, les jeunes ne souhaitent pas forcément travailler dans l’agriculture… ça n’est pas propre au Maroc. 

En matière d’eau, on a la chance d’avoir encore cette disponibilité, le manque n’est pas là mais les nappes baissent tous les ans, et là c’est un problème qui va devenir très, très compliqué à gérer. Je trouve qu’il n’existe pas une réelle prise de conscience par rapport à ça, d’après moi un gros effort des autorités locales doit être attendu à ce niveau là, car la situation n’est pas éternelle, et à terme je suis convaincu qu’il y aura un choix à faire, notamment au niveau des cultures. Il faut le dire, quand nous exportons de la tomate, nous exportons de l’eau vers l’étranger. Je pense qu’il va falloir privilégier la population marocaine au détriment des produits à l’export, il va falloir trouver un équilibre à l’avenir et préparer cette réflexion. Nous sommes en pleinsoldive_senegal dedans avec la COP22 et je suis très content de voir que le Maroc se positionne clairement avec la COP22 parce que la nature va nous rappeler à l’ordre que nous le voulions ou non!

AgriMaroc.ma: Quelle position occupe le Maroc face aux autres pays où vous êtes présents? 
Yves Andorin: Il faut avant tout considérer que nous sommes soumis à une concurrence mondialisée, et en la matière je trouve que nous souffrons de quelques lacunes. Par exemple si je compare Soldive Maroc avec le Sénégal où notre groupe est également présent, en matière de foncier, il est beaucoup plus facile d’acquérir et négocier des fermes ou des terres appartenant à l’état sénégalais. Ça va beaucoup plus vite par rapport au Maroc. 

Il est aussi beaucoup plus facile, par exemple, d’importer du matériel ou des intrants. Le Sénégal est déjà un sérieux concurrent, et va être amené à concurrencer davantage à l’avenir le Maroc, et nous devons en prendre conscience.

Néanmoins, nous avons au Maroc des atouts par rapport au Sénégal, puisque l’éloignement ne joue pas en faveur de notre concurrent, ce qui complique par exemple la disponibilité des intrants, même si de plus en plus de structures et de distributeurs marocains sont présents ou envisagent de s’installer au Sénégal.

« la demande en bio va devenir de plus en plus importante »

AgriMaroc.ma: Quels sont vos objectifs à l’avenir?
Yves Andorin: Vous savez, à Soldive Maroc, nous restons sur ce que nous savons faire. Le volet local commence à être intéressant, avec de plus en plus de gens qui sont sensibles au « bien manger ». On le voit avec les gens qui viennent chez nous ou qui commandent nos produits, avec une classe moyenne de plus en plus intéressée. Quand on discute avec les gens, ils sont sensibles et se posent des questions sur les produits qu’ils sont amenés à consommer.

Je pense que la demande va devenir de plus en plus importante en bio et donc chez Soldive Maroc c’est une orientation que nous pourrons développer à l’avenir, nous sommes en phase de réflexion. Le bio au maroc nécessite un très gros travail, une grande réflexion. La législation et la structuration vient juste de débuter.

« les consommateurs sont demandeurs de bons produits »

Ce qui est certain, c’est que les gens sont demandeurs de bons produits, mais ils ne les trouvent pas forcément, car nous avons un circuit de distribution très mal organisé. Le marché local me semble négligé par rapport à ce que nous pouvons proposer à l’export, alors que la population est de plus en plus intéressée et demandeuse. Nous sommes tristes de voir que nos produits au Maroc, sont mal traités, il n’y a pas d’explication communiquée au consommateur, c’est dommage, triste voire démoralisant.

Au Maroc, nous faisons de bons produits et c’est un peu dommage que le consommateur marocain n’en profite pas pleinement!

Merci à Yves Andorin et Soldive.


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