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Etant donné que près de 800 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde et que la salinisation pourrait menacer 10 % de la récolte céréalière mondiale - (ph:DR)
Etant donné que près de 800 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde et que la salinisation pourrait menacer 10 % de la récolte céréalière mondiale - (ph:DR)

La salinisation des sols: Une vraie menace

La salinisation des sols constitue une vraie menace pour la sécurité alimentaire mondiale.

La salinisation par définition  représente  la quantité des sels minéraux qui se trouvent dissouts dans le sol  et  qui occasionnent des effets nocifs sur les végétaux.

Pour un même sol, elle varie selon la teneur en eau et la température. La salinisation des sols présente deux origines, une naturelle et affecte environ 80% des terres salinisées dite salinisation primaire. La seconde est d’origine anthropique ou humaine, due essentiellement à  l’irrigation et appelée salinisation secondaire.

La salinisation constitue une menace réelle pour la sécurité alimentaire mondiale du fait qu’elle abaisse les rendements  des cultures et peut détériorer les terres de façon irrémédiable. En effet, chaque minute, trois hectares de terres arables sont détériorés  d’une manière souvent irréversible à cause de la salinisation des sols. Ce phénomène  progresse rapidement dans le monde et concerne un cinquième des terres irriguées. Une étude de l’Université des Nations Unies révèle l’intensité de ce phénomène, en effet,  en l’espace de 2 décennies, la superficie totale des terres irriguées abîmées par le sel est passée de 40 millions d’hectares à plus de 62 millions d’hectares, soit une superficie équivalente à la France.

Le processus de salinisation provient en partie de cycles naturels mais les activités humaines ont aussi un effet amplificateur du fait de l’intensification de l’activité agricole, et de  la mauvaise combinaison entre la forte évaporation et l’apport inadapté d’eau d’irrigation en relation  avec son contenu en sels. Selon  La FAO (2002),  la  salinisation des sols due à l’irrigation réduit la surface des terres irriguées de 1 à 2 % par an.

Les zones les plus menacées sont celles à climat aride à semi-aride. Plus l’aridité est forte, plus l’irrigation est incontournable à la  culture et plus son usage est risqué (Ruellan et coll. 2008).

Dans ce contexte, le docteur Martínez Beltrán affirme « nous savons que la salinisation est un grave problème ; agriculteurs et techniciens ont besoin de meilleures informations pour mettre au point des stratégies appropriées ». La Tunisie et le Maroc, exemple de pays de climat aride à  semi- arides, sont menacés par la salinisation des sols. Plus que 8 % de la superficie de la Tunisie et 5 % du Maroc sont déjà affectés par la salinisation à différents degrés (Antipolis, 2003).

Ainsi, à cause du sel ,20 % des terres irriguées produisent moins. Les pertes de productivités varient d’une région à une  autre de 15 % à 70 %. Les pertes financières occasionnées s’élèvent à environ 250 dollars/ha, soit environ 11 milliards de dollars de pertes totales .L’exemple le plus connu est celui de la mer d’Aral où la culture intensive du coton a provoqué une véritable catastrophe écologique et dégradé les sols de la région. Ailleurs dans le monde, le bassin du Gange et de l’Indus en Inde, le bassin du fleuve Jaune en Chine, celui de l’Euphrate entre la Syrie et l’Irak ou encore la vallée de San, Joaquim en Californie, sont confrontés à ce problème. L’expert de la FAO Julián Martínez Beltrán  explique « personne ne connaît les chiffres avec précision, mais il semble qu’au moins 8 % des terres irriguées soient touchées, dans les régions arides et semi-arides, on arrive à quelque 25 % ».

Etant donné que près de 800 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde et que la salinisation pourrait menacer 10 % de la récolte céréalière mondiale, une gestion durable de l’irrigation et du drainage est donc une priorité,  malgré que  l’étude de l’UNU titré Economics of Salt-induced Land Degradation and Restoration souligne qu’à l’heure actuelle les méthodes pour restaurer les terres dégradées par le sol ne sont pas très efficace et sont très couteuses. Il serait ainsi judicieux de  mieux empêcher ce phénomène de se développer en changeant les pratiques agricoles, en plantant des arbres pour mieux drainer les eaux, en sélectionnant des cultures adaptées au milieu ou résistantes au sel si jamais les sols sont déjà contaminés.

En plus de la baisse des rendements qui peut être un indice mis en évidence après un certain temps, il peut y avoir des symptômes visibles, comme une légère croûte molle sur le sol.

Techniques de prévention et de correction de la salinisation

Pour corriger ou prévenir la salinisation des sols, on peut citer les techniques suivantes :

La lixiviation : les agriculteurs doivent donner aux cultures  la quantité d’eau dont elles ont réellement besoin sans exagérer en y ajoutant la juste dose permettant de garantir que le sol soit lessivé, on réduit  ainsi la salinité dans la zone racinaire.

Le drainage : à l’aide des fossés ou des tuyaux souterrains, l’eau saline pourra être emportée   dans ce contexte, on cite l’exemple du programme national de drainage égyptien qui  au cours des 30 dernières années, a affronté la saturation en eau et la salinité des sols en utilisant différents types de drainages et stations de pompage. Ceci a permis de faciliter l’écoulement et de réutiliser les eaux de drainage

Les inondations : les terres qui regorgent de sel devenues incultivables peuvent parfois être remises en état grâce à la submersion et au drainage. Cette méthode malgré son coût élevé, est efficace.

Une meilleure utilisation de l’eau d’irrigation : l’irrigation par aspersion est plus efficace que l’irrigation de surface, malgré qu’elle puisse aussi déposer des sels directement sur la plante si l’eau d’irrigation est saline. L’irrigation au goutte-à-goutte demeure la plus efficace dans ces situations puisqu’elle  mesure la quantité d’eau distribuée à la surface autour de la plante.

Repenser les cultures pour lutter contre le phénomène : Certaines cultures tolèrent mieux le sel que d’autres, les agricultures peuvent ainsi semer une culture tolérant un certain degré de salinité, telle que le riz  cependant, il arrive parfois que les agriculteurs soient contraints de repenser leur système de cultures pour le rendre plus rentable. C’est le cas par exemple au Cap-Vert ou les  agriculteurs ont abandonné les cultures de canne à sucre nécessitant beaucoup d’eau au profit des cultures horticoles tels que  les tomates, irriguées au goutte-à-goutte.

Dans ce même contexte, le professeur Rainer Hedrich de l’Université Julius Maximilian de Wurtzbourg (Bavière) a exposé dans le journal « Trends in plant sciences » des éditions Cell, un moyen de cultiver les terres menacées par une haute concentration saline en utilisant des plantes tolérantes. Il propose d’étudier les espèces halophiles qui parviennent à se développer dans des environnements chargés en sels et qui parviennent à concentrer le sel qu’elles absorbent au sein de cellules spécifiques de stockage. En étudiant le génome de telles plantes et en le comparant avec des plantes qui, au contraire, sont très sensibles à des environnements salins, comme le quinoa, il serait possible d’identifier quels gènes et quels mécanismes permettent le développement de ces vésicules de stockage.

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  • Martin Bernard K.

    Etrange, que des paramètres aussi importants que l’humus, l’argile et les organismes du sol, les couverts végétaux permanents, les arbres, les haies, le compostage, les BRF (Bois Rameaux Fragmentés), le non-labour, la rotation des cultures, le contrôle des pâtures et toutes les techniques d’agriculture écologiques ne soient pas mentionnées dans cet article !

    Ces facteurs constituent pourtant parmi les solutions centrales d’économies d’arrosage et d’irrigation, autant que de désalinisation !

    Et quid des excès d’engrais solubles (dits chimiques) et des pesticides ?

    Plus d’infos : http://planethumus.com et http://agrihumus.com

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