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Yamna Ouguas: « La plantation continuelle de la Picholine marocaine témoigne de sa qualité supérieure »

La plantation continuelle de la Picholine marocaine dans les nouveaux vergers oléicoles témoigne de ses qualités supérieures.

Yamna Ouguas, ingénieure en Chef Principal de l’Unité de Recherche de la protection des plantes à l’INRA de Marrakech, nous dresse un état des lieux de la campagne oléicole actuelle : problème sanitaire, production, etc. Zoom également sur le choix variétal : la picholine marocaine est-elle toujours dans la course ? Une question que nous nous posons tous.

AgriMaroc.ma : Un record de production d’olive est prévu pour cette campagne, grâce à quoi cela est-il possible ?
Yamna Ouguas : A notre avis, l’augmentation de la production est due dans un premier lieu à l’entrée en production d’une grande partie de nouvelles plantations installées dans le cadre du Plan Maroc Vert. Il est à Yamnarappeler que les superficies étaient de l’ordre de 700 000 ha en 2009 et sont passées à plus d’un million d’hectare aujourd’hui. Dans un second temps, les conditions climatiques étaient relativement favorables par rapport à 2016 en dépit des grandes chaleurs survenues en automne et des retards des pluies qui ont un effet négatif sur la production.

AgriMaroc.ma : Quelles sont les maladies les plus ravageuses cette année ?
Yamna Ouguas : Pour les principaux ennemis de l’olivier, les attaques sont normales et nous n’avons pas noté une quelconque dominance d’un ennemi. Par ailleurs, d’autres ennemis sont apparus dans des endroits isolés en particulier le coléoptère et certaines espèces de nématodes. Cependant, leurs attaques sont limitées.

AgriMaroc.ma : Quelles précautions un oléiculteur peut-il prendre pour éviter ces nouvelles maladies ? Quelles sont les principaux symptômes et risques sur la production ?
Yamna Ouguas : Nous reconnaissons l’attaque de Xylomedes coronata (Coléoptère ; Bostrychidae) par la cassure des branches fructifères et, par la suite leur chute, d’où une réduction importante de la production. Les nématodes entrainent le dessèchement partiel puis total des jeunes oliviers. Leur détection est par la suite confirmée par l’analyse du sol au voisinage de la rhizosphère.

L’apparition de nouveaux ennemis sur l’olivier suite aux changements climatiques ne pourra être contournée. C’est après l’attaque que nous devenons conscients de la présence de tel ou tel ennemi. Les oléiculteurs ne peuvent donc pas disposer de moyens de précaution pour les éviter. Cependant, un bon entretien permettra aux oliviers de préserver leur état sanitaire. La connaissance des impacts prévisionnels de ces nouvelles maladies n’est pas encore bien appréhendée.

AgriMaroc.ma : L’œil de paon (travelure) est connu pour être l’une des maladies les plus redoutées par les oléiculteurs au Maroc, pourquoi ?
Yamna Ouguas : 
L’œil de Paon est une maladie causée par un champignon qui attaque les oliviers en conditions de pluies, de brouillard et de rosées. Son attaque entraîne une défoliation des oliviers compromettant la récolte d’olives. Il est à noter que la variété d’olivier Picholine marocaine, qui domine à plus de 90% les vergers marocain, est très sensible à l’œil de Paon.

AgriMaroc.ma : -Y a-t-il un programme national de lutte contre cette maladie pour aider les agriculteurs à la combattre ?
Yamna Ouguas : 
Pour aider les agriculteurs à lutter contre cette maladie, l’ONSSA entame des prélèvements réguliers de feuilles d’olivier en hiver et au printemps. Une fois le seuil économique de nuisibilité atteint, des bulletins d’avertissement mentionnant les produits de traitement sont émis aux différents services de vulgarisation afin de les diffuser aux bénéficiaires. Par ailleurs, eu égard aux spécificités climatiques des régions, un programme national de lutte contre cette maladie n’est pas justifié.

AgriMaroc.ma : Beaucoup annonçaient une fin de cycle de la Picholine marocaine, qu’en est-il réellement ? Quelles sont ses caractéristiques ?
Yamna Ouguas : 
La Picholine marocaine est la variété la plus cultivée au Maroc, elle intéresse beaucoup les oléiculteurs pour sa plasticité et aussi le consommateur marocain qui est habitué à ses attributs organoleptiques. C’est une variété à notoriété particulière très adaptée aux conditions environnementales de diverses régions oléicoles du pays. Elle reste l’une des variétés préférée par les oléiculteurs. Sa plantation continuelle dans les nouveaux vergers oléicoles témoigne de ses qualités supérieures. Cependant, cette variété, et les clones sélectionnés (Haouzia et Ménara) sont sensibles à l’œil de Paon et à la verticilliose.

AgriMaroc.ma : Quelles sont les meilleures variétés actuelles ?
Yamna Ouguas : Le choix des variétés par les oléiculteurs dépend de plusieurs composantes entre autres l’adaptation aux conditions pédologiques et climatiques, la destination de la récolte (huile ou olives de table, ou les deux) et le système de culture (intensif ou extensif).

Plusieurs variétés nationales et internationales viennent s’ajouter à la Picholine marocaine en vue de l’exploitation de la diversité génétique existante ou introduite. Cependant, les oliveraies nationales restent dominées par la Picholine marocaine à environ 90%.  

Les variétés Haouzia et Ménara sont caractérisées par un faible taux d’alternance et une meilleure qualité chimique et organoleptique par rapport à la Picholine marocaine. Par ailleurs leur poids et leur rendement sont quasi similaires. En réalité, il n’existe pas de meilleure variété, le choix variétal est à faire en fonction des conditions pédoclimatiques, du système de culture et de la destination de la production.

AgriMaroc.ma : L’INRA annonçait pour 2016-2017 l’apparition de 5 nouvelles variétés par croisement, où en sommes-nous à ce niveau-là ?
Yamna Ouguas : 
La diversification variétale du verger national passe par la sélection de descendants obtenus par croisements dirigés entre la Picholine marocaine et 4 variétés étrangères. La création de la diversité génétique par ces croisements a abouti à  la création de 5 nouvelles variétés (Agdal, Baraka, Dalia, Mechkate et Tassaoute). Actuellement, deux de ces variétés sont en cours de multiplication chez les pépiniéristes Dalia et Tassaoute. 

Merci à Madame Yamna OUGUAS. Propos recueillis.

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