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Palmier dattier: Arbre providence des Oasis de Tafilalet

Palmier dattier: Arbre providence des Oasis de Tafilalet

Le palmier dattier est l’arbre providence des Oasis de Tafilalet.

Le palmier dattier joue un rôle socio-économique majeur dans la région Tafilalet. A l’approche du Salon International des dattes, Hrou ABOUCHRIF, Ingénieur Agronome et Directeur de la Chambre d’Agriculture Draâ-Tafilalet fait un point sur l’importance, les avancements et les défis de la filière du palmier dattier dans la région de Tafilalet.

hrou-abouchrifLes oasis de Tafilalet ont joué un rôle important dans l’établissement des routes commerciales empruntées par les caravanes qui y trouvent un coin de repos et une source de ravitaillement en vivres. Le palmier dattier (Phoenix dactilifera) est cultivé dans les oasis du Royaume du Maroc depuis des millénaires. Dans le Tafilalet, son étage bioclimatique prend fin au niveau des palmeraies de Tamarrakecht, Timezguite, et Keddoussa respectivement le long des trois principales rivières : Ziz, Ghriss et Guir.

Le système de culture des oasis de Tafilalet s’organise en trois étages : le premier étage, avec le palmier dattier, qui constitue l’étage supérieur jouant le rôle de brise-vent et de protection des autres cultures contre les rayons solaires ; le deuxième étage, intermédiaire, constitué des autres arbres fruitiers (grenadier, figuier, abricotier, prunier, etc.) ; et le troisième étage, inférieur, constitué des cultures sous-jacentes (céréales, luzernes et maraichages).

Située dans un environnement aride et hostile, l’oasis constitue un écosystème original, fondé sur le juste équilibre de trois éléments : l’abandon de l’eau, la qualité du sol et la présence des palmiers dattier dont le feuillage en forme de parasol créée un véritable microclimat. Symbole de fertilité et de prospérité, le palmier dattier est l’arbre providence des zones sahariennes et présahariennes. Il est considéré comme l’une des plus vieilles espèces fruitières du Royaume.

dattesL’économie des oasis du sud-est du Maroc repose essentiellement sur l’exploitation du palmier dattier. La phoéniciculture assure le revenu des populations des oasiens de Tafilalet. Elle est considérée comme activité génératrice de revenus qui permet d’améliorer les niveaux et conditions de vie des agriculteurs oasiens. Il y a lieu de signaler qu’un palmier peut produire entre 10 et 100 kilos de dattes selon le mode de production de la culture (intensif ou traditionnel). Les variétés les plus appréciées sont : Mejhoul, Feggous et Bouskri. La variété Mejhoul se vend à 130 DH par kilogramme et même jusqu’à 250 DH pendant le Ramadan.

En plus de la production des dattes, les agriculteurs oasiens profitent des sous-produits du palmier. Les graines concassées par les femmes et les déchets de dattes sont utilisés comme aliment de bétail. Elles sont très appréciées par les ovins des oasis qui sont connues pour être le berceau de la race Dman qui se caractérise par son taux de prolificité très élevé.

Les palmes sèches sont utilisées comme bois de feu pour la cuisson, notamment du pain, dans des fours traditionnels. Le palmier procure également du bois d’œuvre. Les folioles des palmes sont utilisées dans la vannerie et la fabrication de plusieurs articles d’artisanat comme Gouffas,  Zenbil, Chwari, Takloute, Tissouite, etc.

Les techniques traditionnelles de production des dattes pratiquées jusqu’à nos jour dans les oasis de Tafilalet révèlent parfaitement la richesse du savoir-faire des agriculteurs. Ce savoir a permis de sauvegarder cette espèce caractérisée par une grande diversité génétique. Les techniques traditionnelles de conservation des dattes dans le Tafilalet permettent l’obtention d’un certain nombre de produits dérivés, parfois conservables sur une longue durée, et dont certains entrent dans la préparation des recettes traditionnelles. Pour protéger les produits post-récoltes, les oasiens ont mis au point des techniques de conservation bien adaptées à leur milieu.

L’équilibre de l’oasis aux productions diversifiées, résultat d’anciennes pratiques agricoles gérant au mieux la ressource locale, est menacé par les nouvelles pratiques oasiennes imposées par des changements climatiques et socio-économiques. En effet, la pression démographique, l’amélioration du niveau de vie des populations, le changement des comportements alimentaires et des valeurs sociales sont autant de facteurs qui ont influencé le comportement et les pratiques des oasiens et, par conséquence, ont influencé les systèmes de production oasiens, en particulier la production des dattes.

Parmi les facteurs qui ont provoqué l’aggravation de la situation figurent les incendies des oasis, le morcellement accru, l’indivision, le manque de main d’œuvre, la disparition des formes de salariat basée sur « ELLKHEMASA », en plus de la disparation des formes d’entraide et de solidarité, etc. A cela s’ajoute le changement climatique qui commence à peser depuis quelques années sur la production du dattier (ressource en eau de moins en moins disponible, ensablement des palmeraies, etc.).

Un autre indicateur de ce dérèglement climatique est la maturité des dattes dans la région de Tafilallet pendant la deuxième semaine de juillet de cette année. Ce phénomène n’a jamais eu lieu auparavant, du fait que les premières cueillettes commencent d’habitude fin août pour les variétés précoces du dattier. « Le gestionnaire communautaire de la palmeraie (Amghare Ntkbile ou Cheikh lghaba) donnait le coup d’envoi des récoltes des dattes le 7 octobre du calendrier agricole correspondant au 20 octobre du grégorien » précise en effet Moha Outifa du village Achbaro (Commune rurale Elkhenh).

oasis-tafilaletIl y a lieu de signaler toutefois que la société oasienne dans son ensemble évolue positivement et cherche à s’adapter à la nouvelle donnée économique : apparition des coopératives agricoles, des Groupements d’Intérêt Economiques (24 GIE à l’échelle de la région dont 9 dans le Tafilalet), associations de producteurs, etc. Ces organisations, appuyées par les services du Ministère de l’Agriculture dans le cadre du Pilier II du Plan Maroc Vert, mettent en œuvre plusieurs projets de valorisation des dattes qui constituent des activités génératrices de revenus très rémunératrices. Neuf unités de stockage frigorifique (24 dans la Région Draa Tafilalet) ont été implantées dans la région de Tafilalet au profit de neuf GIE.

Pour faire face aux contraintes précitées, le Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts a mis en œuvre dans le cadre du Plan Maroc Vert plusieurs programmes de réhabilitation et de sauvegarde des oasis avec une attention particulière au palmier dattier qui constitue l’ossature de ces Oasis. Dans le cadre du Pilier II du PMV, plusieurs projets ont été réalisés, aussi bien dans le Tafilalet que dans les autres oasis du Royaume (Zagora, Figuig, Tata, Ouarzazate). Parmi ces projets figurent le nettoyage des touffes et le repeuplement des oasis traditionnelles par la distribution des rejets et des vitro-plants aux agriculteurs.

Conscients de la rentabilité économique des dattes de variété Mejhoul, plusieurs investisseurs se sont intéressés à la culture du palmier dattier, ces dernières années. Environ 2 000 hectares ont été plantés dans les périmètres d’extension des oasis de Tafilalet dans le cadre du Pilier I du Plan Maroc Vert.

Merci à Monsieur Hrou ABOUCHRIF
hrou.abouchrif@gmail.com

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