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Najib Akesbi: L'effet du Brexit sur l'economie agricole marocaine
Najib Akesbi et son opinion sur l'effet du Brexit sur l'economie agricole marocaine - (ph:DR)

Najib Akesbi: « le Brexit n’aura aucun impact immédiat »

Les répercussions que pourraient avoir le Brexit sur l’économie agricole marocaine selon Najib Akesbi.

Dans la matinée du vendredi 24 juin 2016, les Britanniques ont voté pour une sortie de l’Union Européenne à l’issue d’un référendum historique. Cependant, l’effet du Brexit demeure incertain sur l’économie marocaine, et d’autant plus concernant l’économie agricole marocaine.

Cependant, il semble nécessaire d’adopter de nouveaux accords commerciaux et de construire de nouvelles relations économiques avec la Grande-Bretagne. AgriMaroc.ma a souhaité obtenir l’opinion de l’economiste marocain, Najib Akesbi, concernant les possibles répercussions du Brexit sur l’economie agricole marocaine.

la Grande-Bretagne (…) représente moins de 3% du commerce extérieur marocain

AgriMaroc.ma: Quelle est votre opinion concernant les répercussions que pourraient avoir le Brexit sur l’économie agricole marocaine ?
Najib Akesbi: A l’heure ou l’on parle, il n y a pas beaucoup d’informations qui puissent alimenter de grandes réflexions. Le processus va prendre du temps. Politiquement, ça peut prendre entre 6 mois et 2 ans, voir plus. Économiquement, c’est généralement plus crucial. Le temps est plus apprécié à court terme.

Les conséquences à court termes sont les premières à être prises en compte. Ce sont ces conséquences qui devraient susciter des inquiétudes. Concrètement, le commerce avec la Grande-Bretagne n’est pas énorme. Globalement, on fait environs 8 milliards d’import et 6 milliards d’exports avec la Grande-Bretagne. Le volume global est dans les environs de 14 milliards. Ce qui représente moins de 3% du commerce extérieur. On peut donc s’avancer en disant que ça ne va pas chercher très loin. C’est un commerce déficitaire. Et Il me semble que le Maroc est à 2 milliards de déficit.

En tout cas, dans le cadre de ces 6 milliards d’exportations, on retrouve (bien évidemment) des produits agricoles, du textile, de la conception et un peu de demis produits à intérêts dans les industries comme l’automobile ou l’aéronautique. Par ailleurs, il existe aussi le commerce intrafirme. Aujourd’hui, il ne faut pas oublier qu’une bonne partie du commerce mondial, c’est la chaîne de valeur internationale. En effet, pour les produits qui s’inscrivent dans le cadre de cette forme de sous-traitance marocaine à l’internationale, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de changements. Une firme va persévérer et continuer à fonctionner tant que la logique de valorisation entre bien dans la chaîne, qu’il y ait un Brexit ou pas de Brexit. En tout cas, difficile d’imaginer un changement brusque et rapide à ce niveau si il y a bel et bien un Brexit.

Il y a également le commerce dans le cadre de l’Accord d’Association entre le Maroc et l’Union Européenne. En effet, tant que la Grande-Bretagne est dans l’Union Européenne, elle est évidemment concernée. Et le Maroc est par conséquent concerné. Et c’est en particulier, le volet agricole qui va et doit retenir toute l’attention nécessaire. Parce que les échanges agricoles sont au cœur de l’Accord d’Association.

Il faut savoir une chose, l’Europe n’a pas cessé de s’élargir depuis sa création. Mais il faut bien noter que les élargissements n’avaient pas le même sens, ni le même intérêt pour un pays comme le Maroc.

Lorsque qu’il y avait un élargissement par le Nord de l’Europe (la Grande-Bretagne, l’Irlande, la Suède, …) ces élargissements étaient bons pour le Maroc parce que cela pouvait impliquer et signifier un élargissement du marché sur lequel on a des avantages préférentiels.

l’Espagne (…) un concurrent, qui devient juge et parti

Par contre, à l’opposé, les élargissements par le Sud de l’Europe ce n’est pas la même situation qui s’offre au Maroc. Par exemple, quand l’Europe s’élargit à l’Espagne, c’est une catastrophe pour le Maroc parce que cela signifie qu’elle s’élargit sur un pays qui a exactement le même profil de production que le Maroc. Et que ce pays devient, pour ainsi dire, un concurrent, qui devient juge et parti. S’en suivent tous les problèmes qui sont nés de son intégration.

Pour le Maroc, lorsque la Grande-Bretagne a intégré l’Union-Européenne c’était un plus. Mais quand elle risque de la quitter, il est évident que c’est un moins. C’est un véritable problème pour le Maroc car la Grande-Bretagne est un marché dans lequel le Maroc a de nombreux intérêts et des préférences. Et c’est une partie de ce marché qui risque de sortir. Par ailleurs, il y a dans ce commerce des accords de firmes.

AgriMaroc.ma: Qu’en est-il de l’impact direct pour nos producteurs?
Najib Akesbi: Des producteurs et des exportateurs marocains, notamment dans la région du Souss, qui exportent vers la Grande-Bretagne mais via des accords (Grande distribution). Je dirais que dans ce cadre là, l’intérêt des exonérations et des droits de douane, le prix est quelque chose de vraiment déterminant dans le gain de part de marché. Or, là on est face à des accords qui sont réguliers avec des prix qui sont déterminés à l’avance. Comme par exemple, les prix de cette saison. Mais sinon je ne vois pas un effet sur ce commerce; qui est un commerce contractualisé, stabilisé et normalisé.

Les types de producteurs, tels que GPA du Groupe Kabbage à Souss, doivent avoir quelques incertitudes en ce moment, étant donné que le marché anglais est assez important pour eux. Mais je ne crois pas que ça va bouleverser la situation, en tout cas à court terme.

l’accord avec l’Union Européenne, tel qu’il est actuellement, est mauvais!

AgriMaroc.ma: A moyen terme, quelles répercussions sont envisagées?
Najib Akesbi: Cette fois-ci à moyen terme, il semble évident que le Maroc soit dans l’obligation de négocier un autre accord. Et cela va au delà des avantages tels que les mutuelles ou bien les préférences. Mais surtout cela permettrait d’offrir un cadre de visibilité et de stabilité. C’est essentiellement pour cette raison que le Maroc se doit de renégocier son accord avec la Grande Bretagne. Et j’ai envie d’ajouter que tant mieux.

Je dirais même qu’à quelque chose malheur est bon, parce que l’accord avec l’Union Européenne, tel qu’il est actuellement, est mauvais (rires)! Et on arrêtera pas de le démontrer! Si le Maroc, à partir de là, a l’occasion de négocier de nouvelles bases avec un partenaire ce serait un point fort. On verra bien.

Malheureusement, il n’est pas prouvé qu’on se débrouille mieux avec les anglais qu’avec les autres (rires), mais ça c’est une autre histoire. Mais, il faut tout de même rester prudent. Tout dépend de la formule d’association que la Grande-Bretagne va avoir avec l’Union-Européenne. Il ne faut pas se presser sur des choses qui peut-être ne se poseront pas. »

Najib Akesbi

Najib Akesbi est enseignant-chercheur à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II (IAV) à Rabat. Il y enseigne les politiques publiques, notamment dans les domaines de l’économie rurale et des finances publiques. Il anime également divers enseignements et séminaires sur les politiques agricoles, le management des projets et la fiscalité, dans différents établissements d’enseignement supérieur.

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