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Mohamed Taher Sraïri: « L’importation des génisses de races laitières pose des problèmes dans les trois pays du Maghreb »

Mohamed Taher Sraïri, enseignant-chercheur marocain : « Nous nous devons de songer à l’amélioration des bovins de races locales ».

Mohamed Taher Sraïri, enseignant-chercheur marocain à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II (Rabat, Maroc) a été interviewé par nos confrères algériens d’El Watan.

L’occasion pour ce spécialiste reconnu de revenir sur l’élevage bovin au Maghreb, tout particulièrement en Algérie et notamment à travers l’importation de poudre de lait. Les choix stratégiques sont étudiés et une intensification des échanges est préconisé par l’enseignant-chercheur. Voici l’interview complète:Taille du texte normaleAgrandir la taille du textem_t_srairi

EW: Les pays du Maghreb multiplient les efforts pour produire localement le lait consommé. Brièvement, quel constat faites vous sur la situation?

Mohamed Taher Sraïri: Il y a des différences marquées entre les trois pays du Maghreb, en termes de politique laitière. Le Maroc et la Tunisie ont fait le choix de produire du lait chez eux, avec un approvisionnement surtout basé sur l’élevage local dès les années 1970. L’Algérie continue d’avoir une politique basée prioritairement sur de la poudre importée.

Sinon, les spécificités de la production bovine pour les trois pays sont les mêmes. Ce sont des pays arides à semi arides, ce qui implique des contraintes hydriques majeures. En outre, la majorité des élevages sont de taille réduite (moins de 5 vaches), avec à la clé des défis liés à ce type de structure : frais de collecte du lait cru, modalités d’évaluation de la qualité du lait, encadrements zootechnique et vétérinaire de proximité, etc.

L’Algérie importe près de 1,4 milliards de dollars par an de produits laitiers, tandis que le Maroc, avec une population humaine quasi similaire n’est qu’à 400 millions de dollars. Les importations de poudre de lait au Maroc sont surtout destinées à améliorer la transformation du lait local ou bien ce sont des produits de haute valeur comme le fromage et le beurre. Tandis qu’en Algérie, les importations sont surtout sous forme de poudre, destinée à être reconstituée et écoulée en majorité comme du lait de boisson, subventionné.

EW: En tant que chercheur dans le domaine, où se trouve le maillon faible pour le cas de l’Algérie ?

Mohamed Taher Sraïri: C’est une question sensible parce que vous me demandez de juger les choix d’un pays souverain. En effet, privilégier les importations est un choix politique de l’Algérie, et je n’ai pas le discuter. Il est cependant évident, qu’avec les prix actuels du lait au départ de la ferme et dépit des aides directes consenties par l’Etat algérien, le coût de production réel fait que l’éleveur ne pourra jamais être compétitif par rapport à la poudre de lait importée.

Toutefois, pareilles options ne doivent pas détourner l’attention des pouvoirs publics algériens de la volatilité des prix, et des éventuelles augmentations inopinées des prix de la poudre et des autres ingrédients laitiers. Pour rappel, l’Algérie a déjà connu de graves problèmes (explosion de la facture des importations de lait et tentatives vaines de relancer la production et la collecte locales) quand les prix de la poudre ont augmenté sur les marchés internationaux, lors de la crise alimentaire mondiale, en 2007-2008.

EW: L’importation des génisses devrait encourager la production locale …

Mohamed Taher Sraïri: Ce n’est pas le cas. L’importation des génisses de races laitières pose des problèmes dans les trois pays du Maghreb. Elles font souvent des carrières productives courtes. Elles ont des problèmes soit de reproduction ou de santé en cours de vie et sont abattues précocement, alors qu’elles devraient rester en vie 5 à 6 années chez nous.

C’est un leurre de dire aux gens que l’importation des vaches est une solution au problème. Si on importe 100 vaches, au bout de trois ans, on doit au moins en retrouver 70. De plus, dans la majorité des exploitations d’élevage, le coût des vaches importées n’est pas intégré dans le calcul du prix de revient du lait. En Europe, où des statistiques fiables de l’élevage bovin existent, le coût d’élevage de la génisse représente 16 % du prix de revient du lait.

EW: Une intégration maghrébine peut-elle permettre d’améliorer la situation en termes d’approvisionnements en produits laitiers ?

Mohamed Taher Sraïri: Bien entendu. Cela est le rôle de l’Union Maghrébine des Eleveurs de Bovins (UMAEB). Il faut penser à intensifier les échanges entre les 3 pays et capitaliser sur les expériences réussies. Nous avons cet ensemble maghrébin qui existe de facto et c’est à nous de trouver des solutions à nos problèmes. Je propose que nous ayons des échanges beaucoup plus fréquents, que nous nous mettions d’accord sur un agenda. En outre, il faut remettre les races locales au goût du jour.

Il y a des choses intéressantes à travailler dans ces ressources génétiques : adaptations aux carences alimentaires, résistance aux maladies, qualité des produits, etc. Pour exploiter les atouts des races locales bovines avec des aptitudes laitières, il faut une volonté politique qui vise le long terme, pour mettre à la disposition des éleveurs, un bétail rustique et capable de s’accommoder des conditions locales. Sinon, en cas d’importations massives, il faut accompagner les éleveurs et leur expliquer qu’une vache laitière qui vient d’Europe a des besoins bien précis. Ce qui se fait chez nous ne convient pas forcément à ce genre de vaches.

EW: Est-ce qu’on a un système de recherche développé pour cela ?

Mohamed Taher Sraïri: Il y a peu de moyens et, de plus, nous sommes confrontés aux divers problèmes de l’enseignement supérieur et au niveau des étudiants qui ne répond pas aux exigences de la recherche. Les pouvoirs publics doivent comprendre que la résolution des problèmes le long de la chaîne laitière nécessite des ressources humaines hautement qualifiées, aptes à intégrer les dimensions sociales, biotechniques, voire politiques, associées à cette thématique.

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  • Azedin Yassin

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