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L’ONCA au Salon national des céréales et légumineuses

Les légumineuses alimentaires, une filière à réhabiliter

Les légumineuses alimentaires, une filière à réhabiliter.

Dr Aziz Fadlaoui, agroéconomie, Coordinateur de l'URGRNSEQ - CRRA Meknès
Dr Aziz Fadlaoui, agroéconomie, Coordinateur de l’URGRNSEQ – CRRA Meknès

Les légumineuses alimentaires ont été cultivées depuis plusieurs millénaires en combinaison avec les céréales. Sur le plan agro-environnemental, elles ne requièrent aucune fertilisation azotée et contribuent naturellement à enrichir le sol en azote. Leur introduction dans les systèmes de production engendre un impact positif sur les propriétés physico-chimiques du sol. Elles contribuent également au maintien de la biodiversité des sols et réduisent la pression phytosanitaire. Sur le plan alimentaire, elles constituent des sources importantes de protéines à la fois pour les hommes et pour les animaux d’élevage.

Malgré leurs multiples avantages, les légumineuses alimentaires n’occupent actuellement qu’une place assez modeste à l’échelle nationale. D’une part, les superficies allouées à ces cultures ne représentent que 6% de la SAU nationale. D’autre part, le Maroc est de plus en plus confronté à la dépendance à l’égard des importations des légumineuses. Cette situation résulte majoritairement d’orientations de politiques. Le pays a en effet mis en œuvre des dispositifs qui ont clairement soutenu une sorte de spécialisation dans la production céréalière, au détriment d’autres cultures telles que les légumineuses.

Les recherches entreprises à l’INRA ont permis de mettre l’accent sur les traits saillants caractérisant les différents maillons de la chaine de valeur de ce secteur. Sur le plan organisationnel, le secteur est caractérisé par une fragilité du tissu des acteurs et une quasi-absence d’organisations professionnelles et de l’interprofession. En amont, près de la moitié de la superficie est conduite en petite superficie avec toutes les conséquences sur les possibilités d’intensification et de modernisation. La perte de vitesse du développement du secteur s’explique par les modes de production qui sont restés traditionnels. Le matériel végétal est peu productif, sensible aux maladies et se prête peu à la récolte mécanisée.

En matière de commercialisation, le marché est caractérisé par de nombreux petits et moyens producteurs non organisés et quelques gros acheteurs faiseurs de prix. Les prix sont très variables engendrant une instabilité des revenus des agriculteurs. La conjugaison de tous ces facteurs a fait que les rendements sont restés faibles ce qui s’est traduit par des coûts élevés par unité de volume et par conséquent une faible rentabilité des cultures. Concernant l’agro-industrie, elle est encore au stade embryonnaire correspondant à une faible valorisation des utilisations ainsi qu’une absence de différenciation des dérivés. Les opérateurs sont peu nombreux, traitent de faibles quantités, et leurs activités se limitent aux opérations de nettoyage, triage et emballage.

Du côté de la demande, les résultats, des enquêtes nationales sur la consommation et les dépenses des ménages, s’accordent à souligner l’offre du produit légumineux en l’état brut ainsi que des disparités selon le milieu de résidence, des groupes de revenus, et des saisons. La consommation annuelle des légumineuses sèches est passée de 5,60 en 2001 à 7,34 kg/personne en 2014, soit un accroissement de près de 31%. En 2014, les niveaux de consommation des lentilles et haricots ont été établis respectivement à 3,3 et 1,6 kg/personne/an. Les marocains consomment annuellement 1,1 kg/an de fève et une quantité équivalente de pois-chiche.

Le secteur est également exposé à des facteurs externes pouvant compromettre son extension. Les aléas climatiques, l’ouverture des frontières et la concurrence à l’égard des importations et de la contrebande constituent autant de menaces qui pèsent sur ce secteur.  Certes, depuis le lancement du PMV, des signaux favorables à ce secteur ont pu être observés (assurance multirisque, intégration dans les projets, etc.). Néanmoins, ces signaux, n’apparaissent pas suffisants pour inverser, à eux seuls, les tendances observées. Un soutien public semble indispensable afin que ces productions puissent connaître un nouvel essor. Ce soutien devrait être opérationnalisé à travers la reconnaissance de la spécificité du secteur en lui consacrant un contrat programme à l’instar de ce qui a été fait pour d’autres secteurs.

La présente édition de « INRA Meknès Magazine » propose aux lecteurs quatre articles dédiés spécialement aux légumineuses alimentaires. Le premier article traite des opportunités et défis de l’augmentation de la production des légumineuses alimentaires. Quant au second, il est consacré à l’amélioration du potentiel et de la stabilité du rendement de la fève et de la féverole. Le troisième article présente les résultats du criblage de sept variétés de pois chiche obtenues à l’INRA face au stress hydrique en période de floraison. Enfin le dernier article aborde les questions associées à l’importance nutritionnelle et à la valorisation des légumineuses alimentaires.

Avec inrameknes

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