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Interdiction d’exportations des agrumes vers les États-Unis, l’avis de Mohamed El Ouartassi

mohamed_el_ouartassiInterdiction d’exportations des agrumes vers les États-Unis pour la deuxième fois en 2016.

Mohamed El Ouartassi, Agro-Consultant et ex. Ingénieur en chef à l’Institut National de la Recherche Agronomique

C’était la deuxième fois de l’année 2016 que les services d’inspection sanitaire des plantes et des animaux (APHIS) détectaient la présence des larves de la mouche méditerranéenne des fruits, Ceratitis capitata (Wiedemann), dans l’une des cargaisons provenant du Maroc et précisément de la région de Berkane. Le port en question est celui de Philadelphia.

En conséquence, les autorités sanitaires américaines ont décidé d’interdire l’importation de la clémentine provenant de la région de Berkane à partir du 14 décembre 2016, afin d’empêcher son introduction sur le territoire américain. Les autres régions du Maroc sont toujours autorisées à exporter leurs oranges vers les ports des États-Unis.

Il est à rappeler que les exportations d’agrumes marocains vers le marché américain ont repris le jeudi 13 octobre 2016, d’après le communiqué de L’ONSSA du 14 octobre 2016 (Communiqué de L’ONSSA, 2016). Cette reprise survient après une suspension décidée lors du mois de février 2016. Après plusieurs réunions et échanges, les deux parties sont convenues à la mise en place d’un plan d’action de gestion des populations de la mouche méditerranéenne.

En effet, à la suite d’audits effectués par les experts américains, en septembre 2016 sur différents sites de production au Maroc, il a été noté que les dispositions du dit plan ont été respectées conduisant ainsi l’autorité phytosanitaire américaine à ordonner le 13 octobre 2016 la levée de cette suspension. Il est à signaler que les exportations d’agrumes marocains vers ce pays ont atteint durant les campagnes 2013-2014 et 2014-2015 une moyenne annuelle de 44.000 Tonnes (Communiqué de l’ONSSA, 2016).

Adulte de la mouche méditerranéenne, Ceratitis Capitata (Photo Boutaleb J.A.)
Adulte de la mouche méditerranéenne, Ceratitis Capitata (Photo Boutaleb J.A.)

La cératite ou mouche méditerranéenne des fruits, Ceratitis capitata (Wiedemann), est un ravageur extrêmement dangereux qui sévit dans la plupart des régions subtropicales du monde. La femelle dépose ses œufs à l’intérieur du fruit et à l’éclosion les larves se nourrissent de la pulpe, ce qui réduit la valeur commerciale des fruits et par conséquent l’exportation devient difficile dans les pays où la cératite n’existe pas.

Les États-Unis ont établi un règlement de quarantaine qui empêche l’importation non contrôlée des fruits en provenance de régions infestées. On estime à 700 millions de dollars la valeur des récoltes menacées dans le seul État de Californie. Cela explique la crainte qu’éprouvent les États-Unis (P.V. Vail, I. Moore et D. Nadel). Il existe plusieurs méthodes pour lutter contre la cératite, notamment l’emploi d’insecticides, l’épandage d’appâts empoisonnés et la technique du lâcher de mâles stérilisés (TIS).

Larves de de la mouche méditerranéenne, Ceratitis Capitata (Photo, red de alerta e informacin fitosanitaria, Certatitis)
Larves de de la mouche méditerranéenne, Ceratitis Capitata (Photo, red de alerta e informacin fitosanitaria, Certatitis)

Malgré le plan élaboré, les populations de la mouche méditerranéenne restent difficiles à contrôler puisqu’elles ont plusieurs hôtes, se multiplient rapidement, résistent facilement aux insecticides et une inefficacité de contrôle par leurs ennemis. Le protocole de traitement par le froid durant le transport, exigé par les autorités phytosanitaires américaines reste toujours insuffisant.

L’ONSSA est appelé à mener des investigations pour localiser l’origine du lot et doit aussi mener une enquête concernant les méthodes de surveillance et de traitement, les conditions de récolte, d’emballage et de transport des agrumes vers les États-Unis.

Il est temps que l’ONSSA:

  • exige aux producteurs la mise en place d’un protocole ISO afin de gérer la qualité dans la production agricole et permettre la prévention et l’intervention aux bons moments;
  • mette en place des subventions pour les producteurs qui emploient la protection intégrée en mettant en place un mécanisme de contrôle et d’évaluation pour octroyer une telle subvention. Des études réalisées à Hawaii, ont démontré que la combinaison de la technique de mâles stériles et les lâchers de parasitoïde ont réduit 10 fois la population de C. capitata (Wong et al. 1992).
  • révise la stratégie de lutte contre la mouche méditerranéenne en reprenant le projet, utilisation de la technique d’insecte stérile, qui a été déjà discuté à plusieurs reprises entre le Maroc, FAO et AIEA (Bounfour et Nafil, 1994). C’est une méthode écologique et prometteuse permettant de valoriser nos agrumes et d’élargir le marché. Dans ce sens l’expérience accumulée sur le plan international a été récemment présentée dans un nouvel ouvrage FAO/AIEA « Sterile Insect Technique: Principles and practice in area-wide integrated pest management », qui constitue la première analyse exhaustive publiée à ce jour sur la TIS. La technique d’insectes stériles développée par Kniplinig (1955) est une lutte qui consiste à faire des lâchers massifs de mâles stérilisés aux rayons gamma dans la nature. Ces mâles stériles entrent en compétition avec les mâles naturels et qui permet d’avoir une descendance stérile. Cette méthode présente certains avantages, notamment du point de vue écologique puisqu’elle est respectueuse des écosystèmes et de la biodiversité. En plus, l’irradiation induit une stérilité uniquement sur les mouches exposées en laboratoire, sans aucun risque de propagation de ce caractère de stérilité à d’autres mouches dans le milieu naturel.
  • exige aux transporteurs à respecter un cahier de charge contenant au moins les points suivants : la température, l’humidité, la lumière, l’aération, la disposition des palettes, etc. le long de trajet;
  • mettre un budget de recherche et de développement au profit des chercheurs et institutions pour aborder le problème et trouves des solutions écologiques et efficaces.

La production agrumicole augmente d’une année à une autre et le Maroc est en face de plus en plus de compétiteurs sur les marchés. Il doit s’ajuster et élargir le bassin des pays importateurs en répondant aux exigences de qualité. Je cite le Japon qui s’intéresse depuis longtemps à l’importation des oranges marocaines, mais les autorités n’ont pas encore prises de décisions malgré la formation de certains ingénieurs sur la procédure de gestion des mouches. La mouche méditerranéenne doit être prise au sérieux dans le cadre d’une production intégrée afin de pouvoir répondre aux besoins de nos clients et réconcilier producteurs et consommateurs.

Fruits infestés par des larves de la mouche méditerranéenne, Ceratitis Capitata (Photo, Bernard J.-F. / INRA Maroc)
Fruits infestés par des larves de la mouche méditerranéenne, Ceratitis Capitata
(Photo, Bernard J.-F. / INRA Maroc)
Références bibliographiques
  • AIEA, 1993. Programme d’éradication de la mouche méditerranéenne des fruits en Algérie,  en Jamahiriya Arabe Libyenne, au Maroc et en Tunisie, Rapport d’un groupe d’expert, 30 mars-10 avril, 1992 (Vienne, Autriche).
  • Communiqué de l’ONSSA du 14 octobre 2016 : Levée de la suspension des exportations d’agrumes marocains vers les États-Unis d’Amérique à partir du 13 octobre 2016.
  • Knipling, E.F. 1955. Possibilities of Insect Control or Eradication Through the Use of Sexually Sterile Males. Journal of Economic Entomology, Volume 48, Issue 4, pp. 459 – 462.
  • P.V. Vail, I. Moore et D. Nadel, La mouche méditerranéenne des fruits en Amérique centrale. AIEA BULLETIN-VOL.18, no ¾
  • Wong Tim T. Y., Mohsen M. Ramadan, John C. Herr, Donald O. McInnis, 1992. Suppression of a Mediterranean Fruit Fly (Diptera: Tephritidae) Population with Concurrent Parasitoid and Sterile Fly Releases in Kula, Maui, Hawaii. Journal of Economic Entomology, Volume 85, Issue 5, pp. 1671 – 1681

Par Mohamed El Ouartassi

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